mardi 18 décembre 2012

Noël chez les "bannies"

   Dès mon arrivée à Ouaga, j'ai été accueillie par le Club International des Femmes (CLIF) que j'ai joint.  Elles se réunissent une fois par mois pour discuter de leurs activités (chant le lundi, scrabble le mardi...) des soirées qui permettront de collecter de l'argent et surtout de l'usage de cet argent dans la communauté locale. Des projets sont présentés et celles choisies sont aidées par un financement (achat d'une moto pour une handicapée, de machine pour monter un atelier de couture...). 
   Une des aides qui revient chaque année est le Noël des "bannies" de Paspanga. Il semblerait que 3 lieux de ce type existent sur Ouaga qui accueille des femmes qui ont été rejeté par leur familles et bannies du quartier/village.
   Quelle a été leur faute ? Celle d'avoir été le bouc émissaire de coutumes qui nous dépassent. Les leurs considèrent qu'elles sont des mangeuses d'âmes souvent suite à une mort subite inexpliquée qu'ils ne comprennent pas et dont ils attribuent la faute à une femme. Qu'elle ai perdu son enfant, son mari, un proche ou quelqu'un de la communauté elles sont désignées comme ayant jeté un sort et exclues de la vie. Se retrouvant totalement démunies, elles sont recueillies dans un centre où elles seront logées et nourries une fois par jour. 
   Si une personne de leur famille vient les visiter alors c'est en cachette de la communauté. Rare, très rare sont celles qui réintégreront un jour leur famille. L'an passé seules 2 sur les 98 du centre ont pu retourner à leur vie. Le gouvernement fourni aussi des assistantes sociales qui viennent s'assurer qu'elles font bien leur toilette, mangent et s'en sortent autant que faire ce peu dans ces conditions spartiates. Elles agissent comme intermédiaire avec les familles pour essayer de faire évoluer leur situation.


  Nous étions une bonne quinzaine a y aller pour leur apporter quelques cadeaux. La chef a fait un discours en mooré traduit par Juliette du clif. Elle nous a dit que ces femmes quand décembre arrivait, comptaient les jours et étaient impatientes de notre venue qui leur mettait beaucoup de joie au coeur.


   Elles ont fait des chants et des danses d'accueil, puis à la fin de remerciement. Toutes sont Mossi, une des tribu du Burkina.


   C'est poignant de voir que même en ayant virtuellement rien, la majorité trouve en elle l'énergie d'oublier, de rire et s'amuser. Quelle leçon de vie, cela prend à la gorge !


  C'est donc 98 lots de 2 pagnes, 1 savon, 1 pot de karité qui a été distribué. La quasi totalité porte un pagne donc c'est vraiment un produit de première nécessité.


  et pour les quelques trop faibles ou invalides pour venir nous joindre dans la cour, nous sommes allées à elle. Comme l'a mentionné la responsable du lieu, certaines auraient grandement besoin d'une ou 2 béquilles seule chose qui limite leurs déplacements. Ne pas même pouvoir aller aux toilettes car il vous manque ce bout de bois sur lequel s'appuyer, c'est très cruel. Espérons que l'avenir continuera à amener des gens qui aident de toutes sortes de façon.


  On leur a amené un sac de 50 kg de riz et surtout le fameux dolo, l'alcool de mil. En fait il y avait 20 litres non fermenté et 20 fermenté. Au début est apparu un bol et 2 timbales et la distribution était "discrète", puis elles se sont enhardies, les timbales sont arrivées et celui-ci a eu grand succès.



  Un bidon coûte 500 cfa et le litre 125 donc cela fait un cadeau dont il ne faut pas se priver. Dépenser un peu plus de 400.000 cfa (env. € 460)  parait élever mais si l'on considère que cela touche quasi 100 personne alors il ne faut pas hésiter et réitérer ce petit bout de chaud au coeur.

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